En bref
- Thierry Dubois a construit son parcours sportif dans la course en mer, de la Mini-Transat remportée en 1993 aux tours du monde en solitaire.
- Son sauvetage en mer en 1997, dans l’océan Austral pendant le Vendée Globe 1996-1997, reste lié à l’une des séquences les plus dures de l’histoire de l’épreuve.
- Le navigateur a ensuite quitté la compétition pour développer une aventure maritime polaire autour de la goélette La Louise, longue de 18 mètres.
- Son itinéraire rappelle qu’une carrière de skipper repose autant sur l’apprentissage, la préparation du bateau et la décision de renoncer que sur les résultats.
Thierry Dubois, navigateur formé par la Bretagne et la construction navale
Thierry Dubois n’est pas arrivé à la voile par les grandes machines de course. Son apprentissage commence sur des unités modestes, dans le cadre d’une école de croisière de la baie de Morlaix. Il y découvre très tôt la navigation côtière en Manche, les courants, les marées, les cartes papier et les manœuvres sans moteur. Cette école forme une base solide pour un futur skipper, car la précision ne vient pas d’un écran mais d’une position tenue sur la carte, d’un cap contrôlé et d’une anticipation des abris.
À 16 ans, il devient chef de bord sur des bateaux de croisière tels que des Caravelle, des Cavale et des Mousquetaire. Ce rôle ne consiste pas seulement à barrer. Il faut surveiller l’équipage, gérer l’avitaillement, décider d’un mouillage, préparer les manœuvres et accepter de modifier le programme lorsque le vent ou la mer imposent une autre route. Cette logique se retrouvera ensuite dans toute sa navigation océanique.
À 19 ans, Thierry Dubois achète un Muscadet et travaille pour l’école de croisière qui l’a formé. L’expérience est complète. Il assure la préparation des vivres, la cuisine, le budget, l’entretien courant et l’encadrement des navigations. Un bateau de 6 à 7 mètres peut sembler simple à conduire, mais son autonomie réelle dépend de l’état du matériel, du niveau de l’équipage et de la capacité du chef de bord à ne pas forcer un départ.
Le chantier naval comme prolongement de l’apprentissage marin
Avant de devenir connu dans la course au large, Thierry Dubois passe par l’ostréiculture dans le golfe du Morbihan. Pendant deux années, il découvre une mer de travail, soumise aux horaires de marée et à la répétition des gestes physiques. Cette période compte dans son parcours, car elle éloigne la voile de l’image d’un loisir abstrait. La mer reste un milieu où une erreur de manutention, de météo ou de calendrier a une conséquence immédiate.
Il rejoint ensuite le chantier AMCO, à Saint-Philibert près de La Trinité-sur-Mer, sous la direction de Thierry Fagnent. Il y apprend les composites, les résines, les fibres, les appendices et les réparations structurelles. Cette connaissance de la matière est déterminante pour la course en mer. Un navigateur qui comprend la fabrication d’une coque, d’un safran ou d’une dérive peut mieux apprécier la gravité d’une avarie au large.
Au début des années 1990, la voile française connaît une accélération technique. Les grands multicoques, les premiers monocoques de 60 pieds et la professionnalisation des équipes changent le visage de la compétition. Thierry Dubois travaille notamment comme préparateur sur le trimaran Haute-Normandie de Paul Vatine. Il se rapproche ainsi des campagnes de haut niveau sans brûler les étapes.
Ce parcours montre une donnée concrète pour qui envisage de passer de la croisière à la compétition. La maîtrise de la voile ne suffit pas. Il faut connaître le bateau, prévoir les pièces de rechange, tenir un budget et être capable de réparer loin d’un port. Pour approfondir la lecture d’une route et des dangers portés sur les documents nautiques, le dossier sur les sondes et les amers d’une carte marine donne un cadre utile.
La suite de sa carrière s’appuie donc sur un socle concret, acquis dans les marées bretonnes et les ateliers, bien avant les départs médiatisés des grandes transatlantiques.
Comment la Mini-Transat 1993 a lancé le parcours sportif de Thierry Dubois
La Mini-Transat représente un passage exigeant pour les navigateurs qui visent le large. La course se dispute en solitaire sur des voiliers de 6,50 mètres, sans les moyens techniques et humains d’une campagne de 60 pieds. L’espace est réduit, les réparations sont effectuées seul, et la gestion de la fatigue devient un sujet central dès que le vent s’établit plusieurs jours. Thierry Dubois remporte l’édition de 1993 sous les couleurs d’Amnesty International.
Cette victoire intervient dans une édition marquée par des conditions difficiles et par la disparition de Pascal Leys. Il faut éviter de transformer cet épisode en décor dramatique. Une disparition en mer rappelle ce que représente réellement une transatlantique sur une petite unité, loin des moyens d’intervention rapide. La course ne se résume jamais à la vitesse moyenne ou au classement. Elle engage un marin, un bateau et une chaîne de décisions prises avec des informations incomplètes.
Sur un Mini, le navigateur doit répartir son temps entre barre, réglages, veille, sommeil fractionné, navigation, alimentation et contrôle de la structure. Une avarie de pilote automatique peut devenir une crise majeure. Un problème de gréement impose de réduire la toile avant que la situation ne dégénère. Le gain de quelques milles ne justifie pas une rupture qui mettrait fin à l’épreuve, voire à la capacité de survie du bateau.
Passer d’un bateau de 6,50 mètres à un 60 pieds de course
La victoire de 1993 ouvre à Thierry Dubois la voie des programmes plus ambitieux. Il achète un 60 pieds pour préparer la Route du Rhum 1994 puis le Vendée Globe 1996-1997. Ce changement d’échelle est considérable. Un 60 pieds de course mesure environ 18,28 mètres, porte une surface de voilure bien supérieure et exige un budget de préparation sans commune mesure avec celui d’un Mini.
Il allège son bateau d’environ trois tonnes avant la Route du Rhum 1994, démarche caractéristique des années où les monocoques de course évoluent rapidement. L’abandon dans cette transatlantique rappelle toutefois qu’un projet technique ne se juge pas seulement au poids gagné. La fiabilité des systèmes, les marges de sécurité structurelles et l’aptitude à naviguer dans du gros temps comptent davantage qu’une optimisation isolée.
| Période | Épreuve ou projet | Format | Repère du parcours |
|---|---|---|---|
| 1993 | Mini-Transat | Solitaire sur 6,50 m | Victoire de Thierry Dubois |
| 1994 | Route du Rhum | Transatlantique en solitaire | Abandon après préparation d’un 60 pieds |
| 1996-1997 | Vendée Globe | Tour du monde sans escale | Chavirage et sauvetage 1997 |
| 2000-2001 | Vendée Globe | Tour du monde en solitaire | Escale technique puis arrivée hors course en 105 jours |
La campagne menée avec Amnesty International donne également un contenu politique à la course en mer. Le bateau devient un support de visibilité pour la défense des droits humains, au-delà de la performance sportive. Cette cohérence entre partenariat et projet personnel distingue Thierry Dubois dans un milieu où le financement impose souvent des compromis de communication.
La Mini-Transat de 1993 ne doit donc pas être lue comme un simple tremplin médiatique. Elle fixe une méthode, faite d’autonomie, de préparation manuelle et de choix mesurés avant d’entrer dans le monde plus lourd des grandes courses océaniques.
Le sauvetage de 1997 de Thierry Dubois pendant le Vendée Globe
Le sauvetage 1997 de Thierry Dubois appartient à la mémoire du Vendée Globe 1996-1997, une édition frappée par plusieurs accidents graves dans l’océan Austral. Il navigue alors sur Pour Amnesty International, un monocoque de 60 pieds engagé autour du monde sans escale et sans assistance. Dans ces latitudes, le mot assistance prend une portée particulière. Les concurrents sont loin des ports, loin des routes commerciales et confrontés à une mer froide, violente et changeante.
Le bateau de Thierry Dubois chavire dans le sud de l’océan Indien. Il parvient à quitter son navire et à rejoindre son radeau de survie. La situation ne relève plus de la course. Elle devient une opération de recherche et de secours, où la position transmise, l’autonomie du radeau, la météo et la disponibilité des moyens aériens déterminent les possibilités d’intervention.
Les archives de la Royal Australian Navy et les récits contemporains situent son évacuation au début de janvier 1997, après une opération conduite par les moyens australiens dans une zone très éloignée de la côte. Un avion largue du matériel de survie, puis un hélicoptère embarqué intervient lorsque les conditions le permettent. La précision des séquences varie selon les récits publiés, mais le fait établi reste le même. Thierry Dubois est récupéré vivant dans une zone où l’attente se compte en heures, sous le froid, l’humidité et l’épuisement.
Le double épisode avec Tony Bullimore et la réponse australienne
Le nom de Thierry Dubois est souvent associé à celui du navigateur britannique Tony Bullimore. Bullimore chavire lui aussi pendant cette période, à bord de son bateau Exide Challenger. Les deux affaires mobilisent la marine australienne et donnent une visibilité mondiale au sauvetage en mer dans le Grand Sud. Elles ne doivent pas être confondues dans les détails, car les positions, les bateaux et les temporalités ne sont pas identiques. Elles relèvent néanmoins d’une même réalité, celle d’une course où l’éloignement transforme toute avarie majeure en urgence potentielle.
Le Vendée Globe de 1996-1997 est également marqué par le naufrage de Raphaël Dinelli et la disparition de Gerry Roufs. Dinelli est secouru par Pete Goss après le chavirage de son bateau. Roufs disparaît dans le Pacifique Sud. Ces faits ont durablement nourri la réflexion sur la conception des bateaux, les moyens de communication, les balises de détresse et l’organisation des secours.
- Un radeau de survie ne remplace pas un plan de communication et une position transmise régulièrement au large.
- Une balise de détresse doit être enregistrée et contrôlée selon les prescriptions du fabricant avant toute navigation hauturière.
- Une voie d’eau, un démâtage ou un chavirage demandent une alerte précoce, pas une attente jusqu’à la perte totale des moyens de bord.
- En France, le CROSS coordonne les secours maritimes dans sa zone de responsabilité et reste l’interlocuteur à joindre par les canaux adaptés à la situation.
Une VHF portable peut compléter l’équipement de bord, mais sa portée dépend de la hauteur d’antenne, du relief et des conditions radio. Elle ne constitue pas une solution suffisante pour une navigation océanique. Les usages et limites sont détaillés dans ce guide sur la portée et les canaux d’une VHF portable.
Ne partez pas en navigation hauturière avec un bateau dont les moyens d’alerte, le radeau, les équipements de survie et les procédures d’abandon n’ont pas été vérifiés. Le sauvetage de Thierry Dubois rappelle que la préparation a une limite, mais que l’absence de préparation réduit brutalement les chances lorsque le bateau ne protège plus son équipage.
Du Vendée Globe 2000 à l’Around Alone, les choix de Thierry Dubois après le sauvetage
Après l’accident de 1997, Thierry Dubois ne renonce pas à la navigation océanique. Il prépare un nouveau monocoque de 60 pieds, Solidaires, construit dans un délai d’environ 14 mois. Une telle durée impose une organisation serrée entre architecture, construction, gréement, électronique, voiles, sécurité et essais. Construire vite ne dispense pas d’essayer longuement. Un bateau de tour du monde doit être contrôlé dans les zones de forte sollicitation avant d’affronter les dépressions du Sud.
Le Vendée Globe 2000-2001 marque son retour. Thierry Dubois rencontre des problèmes électriques qui le contraignent à une escale technique en Nouvelle-Zélande. Cette escale le place hors course selon les règles de l’épreuve, puisque le Vendée Globe impose un tour du monde sans escale et sans assistance. Il poursuit pourtant son parcours et boucle sa circumnavigation en 105 jours, hors classement officiel.
Cette décision mérite d’être regardée avec attention. Une panne électrique sur un bateau de course ne concerne pas seulement le confort. Elle peut affecter les communications, les données de navigation, les systèmes de charge, l’énergie nécessaire à l’autopilote et les moyens de réception météo. Sur un voilier mené seul, l’autopilote constitue un équipier mécanique. Quand sa fiabilité disparaît, le sommeil devient plus rare et les risques de fatigue augmentent.
L’Around Alone et la fin de la compétition en 2003
Thierry Dubois participe ensuite à l’Around Alone, course autour du monde en solitaire avec escales, devenue plus tard la Velux 5 Oceans. Il y obtient une deuxième place derrière Bernard Stamm. Le format diffère du Vendée Globe. Les arrêts permettent de réparer et de retrouver une base logistique, mais ils ne rendent pas la course anodine. Chaque étape reste une traversée en solitaire, avec une météo à analyser et un bateau à préserver.
Il met un terme à sa carrière de coureur au large en 2003, après environ dix années consacrées aux tours du monde et aux grandes épreuves. Ce choix est cohérent avec son projet initial. La compétition a constitué un moyen d’acquérir de l’expérience, de porter une cause et de financer un rêve de navigation plus durable. Elle n’était pas une destination définitive.
Le contraste avec les IMOCA actuels est net. En 2026, les foils, les systèmes de données et les cellules de performance ont modifié la vitesse et la préparation des monocoques. Pourtant, les fondements ne changent pas. Le marin doit connaître son bateau, réduire avant la rupture, surveiller les signes faibles et accepter l’arrêt lorsqu’un système vital devient incertain. L’évolution récente de ces bateaux peut être mise en perspective avec ce portrait d’Antoine Cornic et de son projet IMOCA.
Le parcours de Thierry Dubois ne se mesure donc pas seulement à une victoire ou à une place. Il montre qu’un skipper peut modifier son cap professionnel sans renier les compétences forgées par la course.
La Louise et l’aventure maritime arctique de Thierry Dubois
Après la course au large, Thierry Dubois construit le projet qui l’accompagne depuis longtemps. Il fait réaliser La Louise, une goélette de 18 mètres conçue avec l’architecte naval Nigel Irens. Le bateau s’inspire des goélettes de pêche nord-américaines, tout en adoptant une construction moderne en bois moulé-époxy et des mâts en carbone. Le choix ne relève pas d’une nostalgie décorative. Il s’agit de disposer d’un voilier capable de naviguer loin, de porter des passagers et de rester cohérent avec un programme polaire.
Le bois moulé-époxy offre une structure composite bois-résine, tandis que le carbone réduit le poids et améliore le contrôle du gréement. Toutefois, aucun matériau ne rend une navigation polaire facile. Les températures, les glaces dérivantes, les distances entre abris, les mouillages mal connus et les changements rapides de temps imposent une préparation plus large que celle d’une croisière estivale sur une côte fréquentée.
Du Groenland à la Terre de Baffin, un autre métier de skipper
À bord de La Louise, Thierry Dubois organise des navigations au Groenland et en Terre de Baffin. Le bateau transporte des passagers venus découvrir les paysages arctiques, avec des activités pouvant inclure randonnée, kayak de mer, ski ou escalade. Ces disciplines ne doivent jamais être considérées séparément de la navigation. Une sortie à terre dépend de la marée, du vent, de la glace, de la visibilité, du moyen de communication et de l’heure de retour fixée avec le bord.
Le rôle du capitaine-armateur cumule plusieurs responsabilités. Il faut assurer la conduite du voilier, surveiller la météo, préparer l’accueil, entretenir les équipements, gérer les vivres et encadrer un groupe dont l’expérience maritime est inégale. Même au mouillage, le travail continue. Une ancre peut chasser, une glace peut dériver dans une baie, ou une rafale descendue d’un glacier peut modifier les conditions en peu de temps.
La cartographie arctique demande une prudence particulière. Certaines données hydrographiques sont moins denses que sur les façades européennes très fréquentées, et les informations sur les glaces évoluent vite. Avant d’envisager un tel programme, il faut travailler les cartes, les avis aux navigateurs et les bulletins spécialisés. Le dossier consacré à la cartographie et aux routes arctiques aide à comprendre les limites des documents disponibles.
Une navigation commerciale ou de charter en région polaire ne se prépare pas avec les règles d’une simple sortie côtière. La catégorie de navigation, la distance à un abri, la qualification de l’équipage, l’armement et les procédures de secours doivent être définis selon la réglementation applicable et les autorités locales. Pour une situation d’urgence en mer française, les consignes opérationnelles relèvent du CROSS. Dans l’Arctique, les moyens et autorités compétentes changent selon la zone traversée.
Thierry Dubois a ainsi déplacé son centre de gravité. La course lui demandait de gagner du temps seul. La goélette polaire lui demande de faire durer un bateau, un équipage et un voyage dans un environnement qui n’accorde aucune marge à l’improvisation.
Quelle course Thierry Dubois a-t-il remportée en 1993 ?
Thierry Dubois a remporté la Mini-Transat 1993, une course transatlantique en solitaire disputée sur des voiliers de 6,50 mètres. Cette victoire a lancé sa visibilité dans la course au large.
Quand a eu lieu le sauvetage de Thierry Dubois ?
Thierry Dubois a été secouru au début de janvier 1997 pendant le Vendée Globe 1996-1997, après le chavirage de son monocoque Pour Amnesty International dans l’océan Austral.
Pourquoi Thierry Dubois a-t-il fait escale en Nouvelle-Zélande lors du Vendée Globe 2000-2001 ?
Il a dû effectuer une escale technique en raison de problèmes électriques sur Solidaires. Cette escale l’a placé hors course, mais il a poursuivi son tour du monde et l’a terminé en 105 jours.
Qu’est-ce que La Louise ?
La Louise est une goélette de 18 mètres conçue avec l’architecte Nigel Irens. Thierry Dubois l’utilise pour des navigations et expéditions avec passagers au Groenland et en Terre de Baffin.