Thomas Coville a construit un parcours rare dans la course au large, du Mini 6.50 au trimaran Ultime. Né à Rennes le 10 mai 1968, il a d’abord appris la régularité des équipages de régate avant de s’imposer en solo sur les grandes routes océaniques. Ses records ne racontent pas seulement la recherche de vitesse. Ils montrent aussi la capacité d’un marin à recommencer après une avarie, une météo fermée ou un écart insuffisant sur le temps de référence.
En bref
- Thomas Coville termine le Vendée Globe 2000-2001 à la sixième place après 110 jours et 7 heures de mer sur le monocoque Sodebo.
- Il devient en 2016 le premier navigateur à dépasser 700 milles en 24 heures en solitaire sur un multicoque.
- Son tour du monde en solo de 2016 est bouclé en 49 jours, 3 heures et 7 minutes, un temps alors record en multicoque.
- Le 25 janvier 2026, il remporte le Trophée Jules-Verne avec six équipiers sur Sodebo Ultim 3 en 40 jours, 10 heures, 45 minutes et 50 secondes.
- Sa flotte Sodebo illustre l’évolution de la voile de compétition, du monocoque IMOCA de 60 pieds aux trimarans géants de la classe Ultime.
Le parcours de Thomas Coville avant les grands trimarans de course au large
Le parcours de Thomas Coville commence dans les régates d’équipage, un cadre qui impose déjà de tenir une place précise à bord. En 1989, il participe au Tour de France à la voile avec l’équipage de Continent, classé sixième. L’année suivante, sur Polytechnique, il termine neuvième. Ces résultats ne sont pas des records mondiaux, mais ils donnent la mesure d’un apprentissage utile pour la suite : naviguer vite exige de régler, manœuvrer et dormir selon un rythme collectif.
En 1991, sa troisième place sur la Sydney-Hobart confirme son intérêt pour les navigations longues et engagées. Cette course australienne se déroule sur environ 628 milles nautiques, entre Sydney et Hobart. Le détroit de Bass y impose souvent une mer courte, du vent fort et des changements rapides. Pour un navigateur qui envisage la course au large, ce type de parcours compte davantage qu’un simple classement. Il apprend à continuer lorsque la fatigue s’installe et que le bateau ne laisse aucun répit.
Le passage par la classe Mini apporte une autre école. En 1997, Thomas Coville gagne la Transgascogne en solitaire sur Targaire, un Proto. Il prend aussi la deuxième place de la Mini Transat. Les Mini 6.50 ne mesurent que 6,50 mètres, mais ils demandent une conduite fine, avec peu de marge pour compenser une erreur de réglage ou de trajectoire. Sur une coque aussi courte, chaque variation de poids, chaque changement de voile et chaque grain se traduisent immédiatement sur la vitesse.
Cette période explique une partie de son profil. Thomas Coville ne vient pas directement des très grands multicoques. Il a d’abord connu la navigation sur de petites unités où le skipper gère seul le sommeil, les réparations et la stratégie météo. En 1998, il remporte la Route du Rhum dans la catégorie monocoque sur Aquitaine Innovations. En 1999, il gagne la Transat Jacques-Vabre avec Hervé Jan sur le monocoque Sodebo. Ces victoires construisent la relation entre le navigateur et son partenaire, avant que le nom Sodebo ne devienne associé aux records sur trimaran.
Le Vendée Globe 2000-2001 constitue un point de bascule. Thomas Coville boucle son premier tour du monde sans escale en solitaire à la sixième place, après 110 jours et 7 heures sur un IMOCA 60. Un 60 pieds IMOCA mesure environ 18,28 mètres. C’est un bateau plus grand qu’un Mini, mais il reste un monocoque soumis à des charges importantes dans le Sud et à une forte gîte permanente.
Le Vendée Globe ne se réduit pas à une traversée de l’Atlantique prolongée. Le navigateur doit franchir trois caps majeurs, Bonne-Espérance, Leeuwin et Horn, sans possibilité d’escale ni d’assistance extérieure. La gestion d’une dépression dans l’océan Indien ou dans le Pacifique Sud n’a rien à voir avec une sortie côtière. Pour une navigation de plaisance, les procédures officielles du CROSS et les prévisions de Météo-France restent les références. La course au large professionnelle se déroule dans un cadre technique différent, avec une équipe à terre, des routages autorisés selon le règlement et une préparation matérielle considérable.
À partir de 2002, Thomas Coville choisit une voie plus nette : les multicoques de vitesse. Il navigue alors sur le trimaran ORMA Sodebo, long de 60 pieds, soit 18,28 mètres, doté d’un mât de 30 mètres et dessiné par le cabinet VPLP. Le changement est profond. Un trimaran n’utilise pas la gîte comme un monocoque pour porter sa toile. Il s’appuie sur la largeur de ses flotteurs, ce qui permet d’accélérer très vite, mais augmente aussi les contraintes structurelles et le risque de chavirage.
Entre 2002 et 2007, ce bateau lui permet de courir deux Routes du Rhum, deux Transats Jacques-Vabre et plusieurs épreuves du circuit ORMA. Il termine troisième de la Route du Rhum 2006. Cette période ne se lit pas comme une succession de podiums. Elle sert à comprendre comment faire durer un bateau léger lancé à plus de 30 nœuds dans une mer formée. La vitesse n’est utile que si le trimaran arrive entier.
Le choix des grands multicoques vient donc d’un parcours progressif, pas d’un raccourci. Mini, monocoque de course, Vendée Globe, trimaran de 60 pieds, puis maxi-trimaran : chaque étape ajoute de la longueur, de la puissance et du risque. Cette progression explique pourquoi les performances ultérieures de Thomas Coville reposent autant sur la préparation que sur la capacité à tenir une moyenne élevée.
Les trimarans Sodebo qui ont accompagné Thomas Coville vers la vitesse
Le nom de Thomas Coville est lié à plusieurs bateaux Sodebo, mais ces unités ne se ressemblent pas. Leur longueur, leur gréement et leur architecture traduisent près de vingt ans d’évolution de la course au large. Les confondre conduit à mal interpréter les records. Un temps établi sur un ORMA de 18,28 mètres ne se compare pas directement à une performance réalisée sur un Ultime de plus de 30 mètres.
Le premier Sodebo engagé au Vendée Globe est un monocoque IMOCA lancé en 1998. Ce format de 60 pieds place Coville dans le monde du tour du monde en solo. Le bateau doit avancer dans les alizés, supporter les mers du Sud et préserver son skipper sur plus de trois mois. À cette époque, les foils des IMOCA ne sont pas encore les appendices très développés visibles sur les unités modernes. La vitesse moyenne dépend davantage de la capacité à exploiter un plan de voilure limité sans casser.
Le trimaran ORMA Sodebo, utilisé entre 2002 et 2007, ouvre une phase plus rapide. Sa longueur de 60 pieds reste modeste à l’échelle des maxi-trimarans, mais son comportement impose déjà une surveillance constante. Un multicoque se redresse peu une fois qu’il a dépassé son angle de stabilité. Le barreur et l’équipage doivent donc réduire la voilure avant que la rafale ou l’accélération ne fasse monter la charge trop loin.
De 2007 à 2014, Thomas Coville navigue sur le Maxi Trimaran Sodebo, long de 102 pieds, soit environ 31 mètres. Le mât atteint 35 mètres. Dessiné par Nigel Irens et Benoît Cabaret, ce bateau donne accès à des vitesses de moyenne capables de transformer les grands parcours océaniques. Il devient ensuite Actual, skippé par Yves Le Blevec. Cette revente rappelle un point concret : un trimaran de record ne disparaît pas lorsqu’il quitte un programme. Il peut être adapté, fiabilisé ou confié à un autre projet sportif.
En 2014, Coville passe sur Sodebo Ultim’, ancien Géronimo d’Olivier de Kersauson. Le bateau mesure 111 pieds, soit environ 34 mètres hors tout, avec un mât de 40 mètres. Cette unité sert notamment à la Route du Rhum 2014, à la Transat Jacques-Vabre 2015 et à The Transat 2016. Elle permet aussi à Thomas Coville de signer son tour du monde solo record en décembre 2016.
Le quatrième grand bateau est Sodebo Ultim 3, mis à l’eau en 2019 chez Multiplast. Il appartient à la classe Ultime, où les trimarans mesurent autour de 32 mètres et combinent coques fines, flotteurs volumineux, foils et gréement très haut. Le foil soulève partiellement le bateau. Il réduit une part de la traînée dans certaines allures, mais il ne rend pas le bateau invulnérable. Une collision, une casse de safran ou une zone de mer désordonnée peuvent imposer l’arrêt d’une tentative.
| Bateau | Période avec Thomas Coville | Type et longueur | Usage marquant |
|---|---|---|---|
| Sodebo | 1998 à 2001 | IMOCA, 60 pieds | Vendée Globe 2000-2001 |
| Sodebo ORMA | 2002 à 2007 | Trimaran, 60 pieds | Route du Rhum et Transat Jacques-Vabre |
| Maxi Trimaran Sodebo | 2007 à 2014 | Trimaran, 102 pieds | Records de l’Atlantique et tentatives autour du monde |
| Sodebo Ultim’ | 2014 à 2019 | Trimaran, 111 pieds | Record du tour du monde solo en 2016 |
| Sodebo Ultim 3 | Depuis 2019 | Trimaran Ultime | Trophée Jules-Verne 2026 |
Les chiffres de longueur ne disent pas tout. Un grand trimaran doit aussi emporter des systèmes hydrauliques, des pilotes automatiques, des moyens de communication, des voiles de très grande surface et des pièces de rechange. La vitesse se prépare au chantier. Un gain de quelques kilogrammes, une géométrie de foil modifiée ou un réglage de pilote peuvent modifier la fatigue du bateau sur plusieurs milliers de milles.
Le cas de Sodebo Ultim 3 montre aussi que la performance ne suit jamais une ligne droite. Lors de la tentative du Trophée Jules-Verne de 2020, le trimaran atteint 48,9 nœuds en pointe dans l’Atlantique Nord et parcourt 889,9 milles en 24 heures à 37,1 nœuds de moyenne. Malgré environ 700 milles d’avance au début du parcours, une avarie de safran oblige l’équipage à renoncer le 11 décembre 2020. Un safran endommagé sur un multicoque de cette taille ne relève pas d’une réparation improvisée en mer.
Pour lire le parcours de ce navigateur, il faut donc regarder les bateaux autant que les trophées. Les records de Thomas Coville sont liés à une succession de plateformes radicalement différentes, chacune préparée pour une fenêtre météo, une distance et un niveau de charge précis.
Les records de Thomas Coville en solo et la logique des grandes moyennes
Un record en voile ne se juge pas seulement au temps final. Il faut regarder le parcours, le type de bateau, le nombre d’équipiers, la règle d’assistance et les conditions de validation. Thomas Coville a marqué la discipline par des records en solo, notamment sur 24 heures, sur l’Atlantique Nord et autour du monde. Ces performances reposent sur une capacité à maintenir une vitesse élevée pendant plusieurs jours, sans laisser la fatigue désorganiser la conduite.
En 2005, il établit le record de la Route de la découverte entre Cadix et San Salvador en 10 jours, 11 heures, 50 minutes et 46 secondes. Il signe aussi le record Miami–New York en 3 jours, 5 heures et 12 secondes. En 2006, il boucle le tour des îles Britanniques en 6 jours, 6 heures, 40 minutes et 31 secondes. Ces routes sont très différentes. La première traverse l’Atlantique, la deuxième combine courants et météo de la côte est américaine, la troisième impose de composer avec des zones resserrées, des marées et un trafic dense.
En 2008, sur le Maxi Trimaran Sodebo, Thomas Coville établit un record de distance en solo sur 24 heures avec 619,3 milles parcourus. Un mille nautique représente 1 852 mètres. Cela correspond à environ 1 147 kilomètres sur une journée entière, avec une moyenne supérieure à 25 nœuds. La même année, il bat le record de la traversée de l’Atlantique Nord en solo entre New York et le cap Lizard.
Une tentative de tour du monde en solo ne dépend pas de la seule puissance du bateau. Le départ se décide sur une fenêtre météo qui doit permettre de descendre l’Atlantique rapidement, puis d’attraper les dépressions favorables dans l’océan Indien et le Pacifique. Partir trop tard peut faire perdre plusieurs jours dès la première semaine. Partir avec une dépression mal positionnée peut aussi exposer le trimaran à une mer trop cassante pour tenir la cadence.
Thomas Coville tente le record du tour du monde en 2008 puis en 2011 sur le Maxi Trimaran Sodebo. Il boucle les deux parcours, mais reste au-dessus de la référence de Francis Joyon. En 2008, son temps de 59 jours, 20 heures, 47 minutes et 43 secondes accuse plus de deux jours de retard. En 2011, il termine après 61 jours et 7 minutes, à plus de trois jours et dix heures du record visé. Ces écarts montrent pourquoi un tour du monde de vitesse ne tolère pas les zones molles ni les réparations longues.
Le cap est franchi en 2016 sur Sodebo Ultim’. Le 3 juillet, Thomas Coville parcourt 714 milles en 24 heures, soit une moyenne annoncée de 29,75 nœuds. Le World Sailing Speed Record Council homologue ensuite la performance à 718,5 milles, pour une moyenne de 29,93 nœuds. Il devient alors le premier marin à franchir le seuil des 700 milles en une journée de mer en solitaire.
Ce type de chiffre mérite une lecture concrète. Tenir près de 30 nœuds de moyenne pendant 24 heures signifie piloter ou surveiller une machine qui avance parfois à plus de 40 nœuds, avec des phases de sommeil très courtes. La vitesse crée aussi des charges brutales dans les appendices et les bras de liaison. En navigation de plaisance, il serait absurde de chercher à reproduire cette logique. Un voilier de croisière doit d’abord rester dans son programme de navigation, son armement et la compétence réelle de son équipage.
Le 25 décembre 2016, Coville termine son tour du monde solo en multicoque en 49 jours, 3 heures, 7 minutes et 38 secondes. Sa moyenne est de 24,08 nœuds. Il améliore alors nettement la référence détenue depuis 2008 par Francis Joyon. Le contraste historique est saisissant : en 1973, Alain Colas avait établi le premier record autour du monde en multicoque en 169 jours. En un peu plus de quarante ans, le temps a été divisé par plus de trois.
En 2017, Thomas Coville reprend le record de l’Atlantique Nord en solo sur multicoque. Il relie New York au cap Lizard en 4 jours, 11 heures, 10 minutes et 23 secondes, à 28,35 nœuds de moyenne. Cette régularité sur plusieurs formats place le navigateur parmi les références de la vitesse océanique. Elle ne doit pourtant pas masquer la règle centrale du record : si le bateau ne peut plus être mené sans risque structurel acceptable, la tentative s’arrête.
Le tour du monde de 2026 et le record du Trophée Jules-Verne
Le Trophée Jules-Verne est un tour du monde à la voile en équipage, sans escale et sans assistance, disputé sur des multicoques. Le départ et l’arrivée se prennent sur une ligne virtuelle entre le phare de Créac’h, à Ouessant, et le phare du cap Lizard, en Angleterre. Le parcours descend l’Atlantique, contourne les trois grands caps puis remonte vers Brest. Il n’y a pas de distance fixe au mètre près, car la route dépend des systèmes météorologiques et des détours nécessaires pour éviter une zone de vent faible ou une mer trop dangereuse.
Thomas Coville connaît ce trophée depuis longtemps. Sa première tentative remonte à 1997 aux côtés d’Olivier de Kersauson. Il le remporte une première fois en 2010 avec Franck Cammas sur Groupama 3. Les tentatives menées ensuite sur Sodebo Ultim 3 en 2020 et 2024 s’arrêtent avant l’arrivée. Le résultat de janvier 2026 prend donc place dans une histoire de plusieurs décennies, faite de départs reportés, de tours complets et d’abandons.
Le départ de 2020 donne un aperçu de la difficulté. Sodebo Ultim 3 et Gitana 17 quittent Brest le 24 novembre avec une fenêtre météo favorable. Le trimaran de Coville réalise des vitesses spectaculaires et garde une avance nette sur le temps de référence jusqu’au sud des îles Kerguelen. Mais le 11 décembre, une avarie de safran rend la poursuite impossible. Sur un bateau volant partiellement au-dessus de l’eau, le safran n’est pas une pièce secondaire. Il assure le contrôle directionnel à haute vitesse et participe à l’équilibre dynamique de l’ensemble.
Le succès de 2026 résulte de cette expérience accumulée. Le 25 janvier, Thomas Coville et ses six équipiers passent la ligne d’arrivée après 40 jours, 10 heures, 45 minutes et 50 secondes. Ils abaissent le record absolu du tour du monde à la voile, détenu depuis 2017 par Francis Joyon et son équipage sur IDEC Sport. L’écart annoncé est d’environ douze heures, une marge faible sur quarante jours de mer.
Une demi-journée paraît limitée pour le grand public. À cette échelle, elle représente pourtant un choix de trajectoire réussi, une transition plus rapide entre deux systèmes dépressionnaires ou une période de mer forte mieux négociée. L’équipage doit aussi entretenir le rythme. À bord d’un Ultime, les manœuvres de voiles, les réglages de foils, les contrôles de structure et la veille ne s’interrompent jamais. Le skipper ne conduit pas seul. Il dirige un collectif soumis à une fatigue continue.
Le record de 2026 est à replacer dans le cadre précis du Trophée Jules-Verne. Il s’agit d’une performance en équipage, sur Sodebo Ultim 3, et non du record solo établi par Coville en 2016. Les deux réalisations ne s’opposent pas. Elles demandent des compétences distinctes. En solitaire, il faut préserver sa lucidité sans relais. En équipage, il faut distribuer les tâches, faire circuler l’information et maintenir une décision cohérente quand le bateau accélère dans une mer difficile.
Le parcours détaillé du Trophée Jules-Verne aide à comprendre pourquoi les départs sont rares et très préparés. Vous pouvez consulter le parcours du Trophée Jules-Verne pour situer les caps et les zones océaniques qui structurent cette route. Entre Ouessant, l’équateur, le cap de Bonne-Espérance, le cap Leeuwin, le cap Horn et le retour dans l’Atlantique Nord, la stratégie ne consiste jamais à viser une ligne droite.
Le tour du monde de 2026 confirme aussi une réalité moins spectaculaire. Un record tient autant à la capacité de renoncer au mauvais moment qu’à celle d’attaquer quand la fenêtre s’ouvre. Les deux abandons précédents sur le même trimaran font partie du résultat final, car ils ont évité de transformer une avarie en accident majeur.
Comment lire les résultats de Thomas Coville sans confondre record, course et navigation
Les résultats de Thomas Coville couvrent plusieurs formats. Une Route du Rhum est une course avec des concurrents, une ligne de départ et un classement. Une tentative autour du monde vise un temps de référence et peut être abandonnée sans classement. Une transat en double mesure la capacité de deux marins à mener un bateau très puissant. Mélanger ces catégories donne une vision fausse de son parcours.
En course, le navigateur obtient des résultats réguliers. Il remporte la Oryx Quest 2005 en équipage sur Doha 2006. En 2012, il gagne la Volvo Ocean Race avec Groupama IV, une épreuve disputée en monocoques autour du monde avec des équipages professionnels. Cette victoire montre qu’il ne se limite pas au solo ni aux trimarans. Il sait travailler dans un collectif de course où la tactique, les quarts et la coordination comptent autant que la vitesse brute.
Sur Sodebo Ultim’, Thomas Coville prend la deuxième place de la Transat Jacques-Vabre 2015 avec Jean-Luc Nélias. En 2016, il termine deuxième de The Transat entre Plymouth et New York. En 2017, le même duo gagne la Transat Jacques-Vabre en 7 jours, 22 heures, 7 minutes et 27 secondes. La course en double se situe entre le solo et l’équipage complet. Deux personnes doivent répartir les quarts, interpréter les fichiers météo et manœuvrer un bateau de plus de 30 mètres.
Ses résultats sur les Ultimes récents présentent aussi des classements plus difficiles. Sodebo Ultim 3 termine cinquième de la Transat Jacques-Vabre 2021 après une escale technique à Madère avec Thomas Rouxel. En 2022, Coville est troisième de la Route du Rhum. En 2023, il prend la quatrième place de la Transat Jacques-Vabre avec Rouxel. Ces positions rappellent qu’un trimaran neuf ou très rapide ne garantit rien. La fiabilité, les réglages et la météo pèsent autant que la pointe de vitesse.
L’Arkéa Ultim Challenge 2024 apporte un repère particulier. Cette première course autour du monde en solitaire pour la classe Ultime place Thomas Coville deuxième sur Sodebo Ultim 3. Le format n’est pas une tentative libre de record. Le départ est commun, les concurrents s’observent, et la stratégie doit aussi tenir compte de la position des autres bateaux. À l’automne 2025, il termine encore deuxième de la Transat Café L’Or avec Benjamin Schwartz, en 10 jours, 17 heures, 30 minutes et 9 secondes.
Pour suivre ces épreuves, il faut distinguer une vitesse instantanée d’une moyenne durable. Une pointe à 48,9 nœuds impressionne, mais elle ne dit pas si le bateau peut conserver 30 nœuds de moyenne pendant une journée. La moyenne est souvent le chiffre utile. Elle intègre les manœuvres, les phases de ralentissement, les réparations et les zones de transition météo. Les 889,9 milles réalisés en 24 heures en 2020 sur Sodebo Ultim 3 illustrent cette différence : la valeur est élevée parce que la vitesse a été tenue longtemps, pas seulement atteinte pendant une rafale.
La même prudence s’applique à la navigation de loisir. Un lecteur qui prépare une sortie côtière ne doit pas tirer de ces performances l’idée qu’un voilier ordinaire peut suivre les mêmes décisions de route. Pour une navigation jusqu’à 6 milles d’un abri, la réglementation française distingue l’armement basique. Au-delà, l’armement côtier puis semi-hauturier s’applique selon la distance. Les textes en vigueur et la liste du matériel doivent être vérifiés sur le site officiel de la Direction générale des affaires maritimes avant le départ, car cette réglementation peut évoluer.
Le vent impose également une lecture adaptée. Un Ultime part sur une fenêtre océanique choisie avec des routeurs, une équipe technique et des moyens de communication continus. Sur un voilier de croisière, si la prévision annonce 25 nœuds établis avec une mer de 1,50 m ou davantage pour un équipage peu entraîné, ne quittez pas le port pour une navigation de confort. Consultez le bulletin côtier de Météo-France, les avis de coup de vent et les informations diffusées par le CROSS compétent. Cette recommandation relève de la préparation côtière, non de l’expertise des pilotes d’Ultime.
Thomas Coville reste un navigateur de records parce qu’il associe la vitesse, le temps long et la répétition. Son parcours ne se réduit pas au record de janvier 2026. Il montre qu’une performance durable repose sur des tentatives parfois interrompues, des équipiers solides, des bateaux préparés et une lecture rigoureuse des limites du moment.
Le contexte complet de cette course permet de replacer son résultat dans l’histoire récente des multicoques. La page consacrée à la route du tour du monde du Jules-Verne détaille les passages qui rendent un gain de quelques heures si difficile à obtenir.
Quel record Thomas Coville a-t-il battu en janvier 2026 ?
Le 25 janvier 2026, Thomas Coville et son équipage ont remporté le Trophée Jules-Verne sur Sodebo Ultim 3 en 40 jours, 10 heures, 45 minutes et 50 secondes. Ce temps devient le record absolu du tour du monde à la voile en équipage, sans escale et sans assistance.
Quel est le record de Thomas Coville autour du monde en solo ?
Thomas Coville a bouclé un tour du monde en solitaire sur multicoque en 49 jours, 3 heures, 7 minutes et 38 secondes en décembre 2016, sur Sodebo Ultim’.
Sur quel trimaran Thomas Coville a-t-il gagné le Trophée Jules-Verne ?
Le record de 2026 a été établi sur Sodebo Ultim 3, un trimaran de la classe Ultime mis à l’eau en 2019 chez Multiplast.
Pourquoi un record en solo ne se compare-t-il pas directement au Trophée Jules-Verne ?
Le record solo repose sur un seul navigateur, tandis que le Trophée Jules-Verne est disputé en équipage. Le nombre de marins, la répartition des quarts, les manœuvres et la gestion de la fatigue changent profondément les conditions de performance.