En bref
- Justine Mettraux, née à Genève en 1986 et formée sur le Léman, a construit un parcours sportif qui va des régates monotypes aux grands tours du monde.
- Sa deuxième place à la Mini Transat 2013 a confirmé son passage vers la course au large, après ses débuts au Centre d’entraînement des régates de Genève.
- Elle a remporté la Volvo Ocean Race 2017-2018 avec Dongfeng Race Team, puis The Ocean Race 2023 avec 11th Hour Racing Team.
- Son 8e rang au Vendée Globe 2024-2025, première femme à l’arrivée, constitue le repère majeur de son palmarès en solitaire sur IMOCA.
- Depuis Lorient, la skippeuse suisse poursuit un programme qui associe courses nautiques en solitaire, navigation en double et équipages internationaux.
Justine Mettraux et ses débuts sur le Léman avant la course au large
Le parcours de Justine Mettraux commence loin des départs océaniques de Lorient, sur les eaux plus courtes et changeantes du Léman. Née à Genève en 1986, elle grandit à Versoix dans un environnement où la voile fait partie de la vie familiale. Naviguer tôt ne fabrique pas automatiquement une navigatrice professionnelle. Cela donne toutefois des repères qui comptent longtemps, notamment la lecture des risées, le réglage précis d’un bateau léger et la capacité à tenir une trajectoire dans une flotte dense.
À 16 ans, elle entre au Centre d’entraînement des régates de Genève. Cette structure marque une étape nette. Le loisir laisse place à un cadre de compétition, avec des entraînements réguliers, des départs de flotte et une discipline collective. Les régates sur lac demandent de réagir vite à des bascules de vent parfois très locales. Cette école ne ressemble pas encore au large, mais elle développe une qualité qui reste déterminante sur un IMOCA de 18 mètres, savoir décider avant que l’écart ne devienne impossible à combler.
Du D35 à la Mini Transat, un changement d’échelle progressif
Justine Mettraux navigue ensuite sur le D35 Ladycat de Dona Bertarelli. Le D35 est un catamaran de régate rapide, pensé pour des équipages capables d’enchaîner les manœuvres avec précision. Dans ce format, un réglage tardif ou un virement mal coordonné coûte immédiatement des mètres. L’expérience apporte une culture du travail collectif, très différente de l’image solitaire souvent associée aux grands tours du monde.
Le passage vers la Mini Transat modifie ensuite les paramètres. La course se dispute sur des voiliers de série ou prototypes de 6,50 mètres, sans communication avec la terre pendant la traversée. Le marin doit gérer son sommeil, la météo, les réparations et la vitesse avec un volume habitable réduit. En 2013, Justine Mettraux prend la deuxième place de cette épreuve. Ce résultat ne tient pas d’un coup isolé. Il indique qu’elle possède déjà une capacité à conserver un rythme de course sur plusieurs jours, avec des décisions prises sans équipage pour les confirmer.
Cette période explique aussi pourquoi son parcours ne doit pas être réduit à une présence féminine dans les championnats de voile. La navigatrice suisse s’est installée dans les filières où les résultats déterminent la suite du programme. Les budgets, les équipages et les bateaux ne viennent pas seulement avec une promesse. Ils suivent des performances mesurables, obtenues face à des concurrents engagés dans les mêmes classes.
Pour un pratiquant qui suit la voile de compétition, la Mini Transat donne une clé de lecture utile. Elle ne prépare pas directement à barrer un IMOCA volant dans 35 nœuds de vent, mais elle oblige à traiter les fondamentaux sans assistance immédiate. Une avarie de pilote automatique, un souci de structure ou une météo mal anticipée prennent une autre dimension lorsqu’il reste plusieurs centaines de milles avant l’arrivée.
La trajectoire de Justine Mettraux montre donc une montée en puissance par paliers. Le Léman fournit le geste et la tactique de flotte, le multicoque affine la coordination, puis le Mini impose l’autonomie. Cette construction progressive donne du sens à ses résultats ultérieurs sur les circuits internationaux.
Le parcours sportif de Justine Mettraux dans les équipages internationaux
Après la Mini Transat, Justine Mettraux ne choisit pas une progression limitée au solitaire. Elle passe aussi par la Solitaire du Figaro, circuit réputé pour ses parcours côtiers exigeants et ses flottes serrées. Les bateaux y sont identiques, ce qui réduit l’effet du matériel. La différence se fait sur la qualité de route, la connaissance des courants, le sommeil fractionné et les manœuvres répétées. Cette expérience complète utilement l’apprentissage mené en Mini.
Elle rejoint ensuite les grandes campagnes en équipage sur des monocoques de course autour du monde. En 2015-2016, elle participe à la Volvo Ocean Race avec Team SCA et termine 6e. L’épreuve se court par étapes et confronte les équipages à des conditions très variées, des transitions tropicales aux dépressions du Sud. Une course de ce format ne se résume jamais à une séquence de vitesse. Le bateau doit rester performant pendant des semaines, et l’équipage doit préserver son matériel comme son état physique.
La saison 2017-2018 marque une progression majeure. Justine Mettraux gagne la Volvo Ocean Race avec Dongfeng Race Team. Pour une navigatrice formée sur le lac, cette victoire valide l’accès à l’un des environnements les plus sélectifs de la voile professionnelle. Les marins y travaillent en quarts, manœuvrent sous charge et doivent maintenir une attention continue. Dans ces courses nautiques, une erreur de manœuvre peut entraîner de la casse ou une perte de plusieurs milles qui ne se rattrape pas facilement.
Des victoires collectives qui servent la suite en IMOCA
En 2021, elle navigue avec 11th Hour Racing Team sur The Ocean Race Europe et prend la deuxième place. Deux ans plus tard, elle remporte The Ocean Race 2023 avec cette même structure. Le résultat compte autant par sa place que par le type de bateau employé. Les IMOCA modernes portent des foils, appendices latéraux qui soulèvent partiellement la coque lorsque la vitesse et l’angle de gîte le permettent. Cette technologie exige un compromis permanent entre vitesse, charge structurelle et préservation du bateau.
La lecture de ce palmarès demande une distinction nette. Gagner en équipage ne prouve pas mécaniquement qu’un marin gagnera en solitaire. Les compétences se recoupent, mais les contraintes diffèrent. En équipage, la surveillance du bateau et le travail de pont sont partagés. En solo, la même personne doit choisir une route, régler la voilure, anticiper une avarie et organiser des temps de repos de quelques dizaines de minutes. Le passage d’un format à l’autre réclame donc une adaptation réelle.
| Année | Épreuve | Équipe ou support | Résultat |
|---|---|---|---|
| 2013 | Mini Transat | Mini 6,50 | 2e |
| 2015-2016 | Volvo Ocean Race | Team SCA | 6e |
| 2017-2018 | Volvo Ocean Race | Dongfeng Race Team | Vainqueure |
| 2021 | The Ocean Race Europe | 11th Hour Racing Team | 2e |
| 2023 | The Ocean Race | 11th Hour Racing Team | Vainqueure |
Cette succession d’équipages internationaux montre aussi que son chemin ne passe pas principalement par l’équipe nationale suisse au sens habituel des disciplines olympiques. Son cadre de compétition est celui des équipes privées, des sponsors et des classes professionnelles. La nationalité suisse reste un repère fort, mais la préparation s’organise sur les grands pôles de la course au large française, en particulier à Lorient.
Ces années d’équipage ont préparé le terrain technique et humain de son programme en solitaire. Elles ont aussi donné à Justine Mettraux une expérience rare de la navigation à haut régime, là où l’on ne tient pas un bateau par la force mais par l’anticipation et la méthode.
Le passage de Justine Mettraux en IMOCA et le projet TeamWork Team Snef
L’entrée de Justine Mettraux dans la classe IMOCA s’accélère à partir de 2022. Cette classe rassemble des monocoques de 60 pieds, soit environ 18,28 mètres, conçus pour les grandes transatlantiques et les tours du monde. Le bateau qu’elle porte sous les couleurs de TeamWork puis TeamWork Team Snef est identifié par le numéro de voile FRA 08. Construit en 2018 chez CDK Technologies à Port-la-Forêt sur plans VPLP, il mesure 18,28 mètres de long, 5,85 mètres de large et affiche un tirant d’eau de 4,50 mètres.
Ces données donnent une image plus exacte du programme. Un IMOCA n’est pas un voilier de croisière transformé pour la compétition. Sa largeur, son gréement, ses appendices et ses systèmes embarqués répondent à la recherche de vitesse sur des parcours océaniques. À haute vitesse, les chocs dans la mer sollicitent la structure et les organismes. Le travail de la skippeuse ne consiste donc pas à pousser le bateau sans limite. Il consiste à choisir le niveau de risque acceptable selon l’état de la mer, la fatigue et l’éloignement d’un abri.
Des résultats qui traduisent une régularité avant le tour du monde
La saison 2021 comporte un abandon sur la Transat Jacques Vabre après un démâtage. Cet épisode rappelle ce que les palmarès lissent parfois. Une campagne au large comprend des phases de préparation, des avaries et des décisions de renoncement. Après la perte d’un mât, poursuivre n’est pas une option sportive. Le bateau doit être sécurisé et les personnes doivent rester la priorité. Sur ce point, les procédures relèvent des autorités maritimes et du CROSS lorsqu’une assistance ou une coordination de secours est nécessaire.
Les résultats suivants installent une continuité. Justine Mettraux finit 3e de la Rolex Fastnet Race 2021, 6e du Défi Azimut 2022, puis 7e de la Route du Rhum 2022. En 2023, elle prend la 6e place de la Transat Jacques Vabre, la 6e du Défi Azimut-Lorient Agglomération et la 7e de la Rolex Fastnet Race. Ces places ne sont pas des podiums, mais elles indiquent une présence régulière dans un groupe compétitif où terminer avec un bateau en état est déjà une donnée importante.
En mai 2024, elle se classe 7e de The Transat CIC, de Lorient à New York, avant les éventuelles décisions du jury. Cette course sert alors de repère utile avant le Vendée Globe. Les transatlantiques permettent de vérifier la fiabilité des systèmes, les choix de voiles et l’organisation de vie à bord. Le marin peut aussi mesurer sa capacité à maintenir une stratégie cohérente après plusieurs jours de fatigue.
- Le programme IMOCA demande une préparation technique longue, car un démâtage ou une avarie majeure peut interrompre une saison entière.
- Les courses en double permettent de confronter les réglages et les choix de route avant de les assumer seul sur un parcours plus long.
- Les résultats entre 2021 et 2024 montrent une progression sans masquer l’abandon de 2021, qui fait partie de la réalité du large.
- Le soutien de TeamWork et du groupe Snef donne au projet une continuité nécessaire pour préparer un tour du monde sur plusieurs années.
La performance sportive en IMOCA dépend donc d’un ensemble plus large que le talent au départ. Elle associe la navigatrice, le bureau d’études, les préparateurs, les routeurs autorisés par les règles de course et les partenaires. Dans ce cadre, le résultat de Justine Mettraux ne s’interprète correctement qu’en regard du temps de construction du projet.
Le Vendée Globe 2024-2025 dans le palmarès de la skippeuse suisse
Le Vendée Globe 2024-2025 constitue le point le plus visible du palmarès de Justine Mettraux. Partie des Sables-d’Olonne le 10 novembre 2024, elle boucle le tour du monde en solitaire, sans escale et sans assistance, à la 8e place. Elle devient la première femme de cette édition et établit le record féminin de l’épreuve, avec un temps de référence inférieur à celui détenu auparavant par Clarisse Crémer depuis l’édition 2020-2021.
Ce classement demande d’être replacé dans les contraintes de la course. Le Vendée Globe couvre environ 24 000 milles théoriques, soit plus de 44 000 kilomètres, mais les trajectoires réelles varient selon les systèmes météo, les zones d’exclusion et les options tactiques. Le parcours mène les solitaires vers l’Atlantique Sud, l’océan Indien, le Pacifique puis la remontée de l’Atlantique. Les dépressions du Grand Sud imposent des choix parfois opposés, accélérer pour sortir d’une zone dangereuse ou ralentir pour ménager la structure.
Une huitième place qui ne se lit pas comme un simple classement
Arriver dans les dix premiers d’un Vendée Globe suppose de conserver un bateau suffisamment rapide pendant plus de deux mois, tout en traitant les problèmes qui surviennent en mer. Les IMOCA à foils atteignent des vitesses élevées, mais cette vitesse accroît les charges et la violence des impacts. Le gain immédiat d’un nœud peut être annulé par une réparation de plusieurs heures ou par une détérioration irréversible d’un appendice.
La course en solitaire pose aussi une limite physique. Personne ne tient un tour du monde sans sommeil. Les skippers dorment par séquences très courtes, adaptées à la proximité des concurrents, au trafic maritime, à l’état de la mer et aux manœuvres à venir. Les données de position sont publiques, mais elles ne disent pas tout de l’usure accumulée. Une position favorable à l’écran peut cacher une voile à réparer, un pilote automatique à surveiller ou une route choisie pour protéger le bateau.
Le résultat de Justine Mettraux a une portée particulière pour la voile suisse. La Suisse ne possède pas de littoral maritime, mais elle dispose d’une culture de régates active sur ses lacs et d’une présence solide dans la Coupe de l’America, le multicoque et le large. Sa huitième place fournit un repère concret aux jeunes navigateurs issus de ce milieu. Elle montre qu’un apprentissage engagé sur le Léman peut mener à la compétition océanique, à condition de franchir les étapes techniques et financières du circuit professionnel.
Il faut toutefois éviter de transformer cette réussite en promesse facile. Un Vendée Globe ne se prépare pas à partir d’une seule saison de régates locales. Il faut des années de navigation, une équipe technique, un budget et une pratique progressive de l’autonomie en mer. Pour une navigation de plaisance, la réglementation française distingue notamment la navigation basique jusqu’à 2 milles d’un abri, la navigation côtière jusqu’à 6 milles et la navigation hauturière au-delà. Ces catégories ne décrivent pas le niveau Vendée Globe, mais elles rappellent qu’une distance à un abri modifie déjà l’armement obligatoire et les marges de décision.
Une arrivée au Vendée Globe ne se joue pas seulement dans les coups de vent. Elle se prépare dans les journées où l’équipage choisit de réparer, de ralentir ou de reporter un départ pour conserver le bateau.
La huitième place de 2025 ne clôt donc pas un parcours. Elle établit un niveau de référence précis, après lequel chaque nouvelle course sera évaluée sur la capacité de la skippeuse suisse à maintenir la vitesse tout en préservant son outil de travail.
Les courses nautiques de 2025 et la place de Justine Mettraux dans la voile européenne
Après le Vendée Globe, Justine Mettraux rejoint Team Malizia comme co-skippeuse pour The Ocean Race Europe 2025. Ce retour en équipage intervient après une longue campagne solitaire. Il ne s’agit pas d’un recul vers un format moins exigeant. Les parcours européens combinent des étapes, des transitions météo rapides et des arrivées souvent disputées près des côtes. Les IMOCA peuvent y être menés à leur potentiel, mais la vitesse dépend de la coordination entre les membres de l’équipage.
La présence aux côtés de Boris Herrmann et de l’équipe Malizia s’inscrit dans une logique sportive cohérente. Les deux navigateurs ont passé une grande partie du Vendée Globe 2024-2025 à se suivre de près sur les classements. Cette connaissance indirecte devient utile lorsqu’il faut travailler ensemble, partager les quarts et décider d’une manœuvre sous pression. Justine Mettraux retrouve également un univers de compétition qu’elle connaît depuis ses participations précédentes à The Ocean Race Europe et à la Volvo Ocean Race.
Un palmarès construit entre autonomie et travail d’équipage
La force de son profil tient à cette double compétence. Certaines skippers excellent en solitaire mais disposent d’un parcours plus réduit en équipage. D’autres accumulent les tours du monde collectifs sans porter un projet personnel sur IMOCA. Justine Mettraux a acquis les deux expériences. Cette diversité ne garantit pas la victoire sur chaque course, mais elle augmente la capacité à s’intégrer à des projets différents, avec des méthodes de travail et des bateaux qui évoluent rapidement.
Son palmarès inclut également le record du tour des îles Britanniques en Class40, établi en 2020. Un record de ce type dépend de la météo, du bateau et de la fenêtre de départ. Il demande surtout une lecture précise des fronts et des systèmes dépressionnaires de l’Atlantique Nord. Sur cette zone, la mer peut se lever vite avec un vent établi de 25 nœuds ou davantage. Pour la navigation de plaisance, une prévision ne suffit jamais à elle seule. Vous devez consulter le bulletin de Météo-France, l’état de la mer annoncé et l’évolution prévue sur toute la durée du retour.
Les résultats de la navigatrice suisse offrent une lecture utile aux amateurs de voile. Ils rappellent que la progression se construit rarement sur une spécialité unique. Les régates de lac apportent la tactique. Les monotypes développent la précision. Le solitaire forme à l’autonomie. Les équipages autour du monde imposent la constance et le partage des décisions. Chacune de ces étapes répond à une difficulté identifiable, au lieu de s’ajouter comme un décor dans une biographie.
En 2026, Justine Mettraux reste ainsi une figure suivie de la course au large européenne. Son statut ne repose pas sur un seul record ni sur un seul classement. Il repose sur une continuité de résultats, de la Mini Transat à la victoire dans The Ocean Race, puis à une arrivée dans le top 10 du Vendée Globe. Pour suivre la suite de son programme, les annonces de l’équipe et de la classe IMOCA restent les sources les plus fiables, car les calendriers, partenaires et configurations d’équipage peuvent évoluer d’une saison à l’autre.
Quel est le meilleur résultat de Justine Mettraux au Vendée Globe ?
Justine Mettraux a terminé 8e du Vendée Globe 2024-2025. Elle a été la première femme à l’arrivée de cette édition et a établi le record féminin de l’épreuve.
Avec quelles équipes Justine Mettraux a-t-elle gagné autour du monde ?
Elle a remporté la Volvo Ocean Race 2017-2018 avec Dongfeng Race Team, puis The Ocean Race 2023 avec 11th Hour Racing Team.
Sur quel bateau navigue Justine Mettraux en IMOCA ?
Son IMOCA TeamWork Team Snef porte le numéro FRA 08. Construit en 2018 chez CDK Technologies sur plans VPLP, il mesure 18,28 mètres de long.
Quel résultat a-t-elle obtenu à la Mini Transat ?
Justine Mettraux a pris la deuxième place de la Mini Transat en 2013, une course en solitaire disputée sur des voiliers de 6,50 mètres.