Le Trophée Jules Verne mesure un tour du monde à la voile en équipage, sans escale ni assistance, entre la ligne Ouessant–Cap Lizard et son retour. La cartographie ne sert pas seulement à suivre des points mobiles sur un écran. Elle permet de comparer une route maritime au record de référence, de comprendre les choix météo et d’identifier les zones où une tentative peut basculer.
- 40 jours, 23 heures, 30 minutes et 30 secondes restent le temps à battre, établi par Francis Joyon et l’équipage d’Idec-Sport en 2017.
- Le parcours impose de laisser à bâbord Bonne-Espérance, Leeuwin et le cap Horn, avec une distance théorique proche de 21 760 milles nautiques.
- Une carte de course doit être lue avec le vent, l’état de mer, les glaces, les systèmes dépressionnaires et la marge technique du trimaran.
- Les abandons de Sodebo Ultim 3 et SVR Lazartigue en décembre 2024 rappellent qu’un problème de safran ou de foil modifie immédiatement la décision de poursuivre.
Lire la cartographie du Trophée Jules Verne depuis la ligne d’Ouessant
Le Trophée Jules Verne est né en 1990 autour d’un principe simple à énoncer et très dur à réaliser. Un équipage doit accomplir une circumnavigation complète sans escale et sans assistance extérieure, puis revenir franchir la ligne de départ. Cette ligne virtuelle relie le phare du Créac’h, sur Ouessant, au phare du Cap Lizard, sur la côte sud de l’Angleterre. Sur la cartographie officielle, le départ ne se résume donc pas à une sortie de Brest ou de Lorient. Le chronomètre démarre seulement au franchissement de cette droite.
Cette précision change la lecture du début de parcours. Un Ultim peut quitter son port d’attache plusieurs heures auparavant, régler ses voiles, finaliser sa veille météo et attendre l’instant où la fenêtre devient exploitable. La course commence lorsque la route vers le golfe de Gascogne est compatible avec le système dépressionnaire attendu. Une option trop occidentale peut offrir plus de vent, mais rallonger le trajet. Une option trop proche de la péninsule Ibérique peut réduire la distance, tout en exposant le bateau à une zone de vent faible ou instable.
La carte affichée par les organisateurs donne généralement la position, la vitesse instantanée, le cap, la distance parcourue et l’écart avec le détenteur du record. Ces données ne prennent leur sens qu’avec un repère temporel. Un retard de 100 milles après deux jours de navigation ne condamne pas une tentative. Un même retard au large du cap Horn, après une traversée du Pacifique déjà coûteuse, pèse davantage. La vitesse moyenne affichée peut aussi tromper. Un trimaran lancé à 35 nœuds dans un front actif progresse vite, mais il peut devoir ralentir quelques heures plus tard pour laisser passer une mer croisée ou préserver une structure.
Le record de référence appartient toujours, en 2026, à Francis Joyon et aux marins d’Idec-Sport. Leur temps de 40 jours, 23 heures, 30 minutes et 30 secondes, signé en 2017, implique une moyenne globale supérieure à 21 nœuds sur près de 40 300 kilomètres théoriques. Cette moyenne ne décrit pas une navigation uniforme. Elle additionne des journées à plus de 700 milles, des ralentissements dans les dorsales anticycloniques et des détours imposés par les dépressions du Grand Sud.
| Repère cartographique | Fonction sur le parcours | Ce que la position permet de mesurer | Risque dominant |
|---|---|---|---|
| Ligne Ouessant–Cap Lizard | Départ et arrivée chronométrés | Temps officiel de la tentative | Fenêtre météo mal engagée dès le golfe de Gascogne |
| Cap de Bonne-Espérance | Entrée dans l’océan Indien | Temps sur la descente de l’Atlantique | Dépressions australes et mer formée |
| Cap Leeuwin | Passage sud de l’Australie | Rendement de la traversée indienne | Glaces dérivantes et forte mer d’ouest |
| Cap Horn | Retour vers l’Atlantique | Écart décisif avec le record | Vent violent, courant et fatigue structurelle |
Le lecteur qui suit la course doit d’abord situer le bateau par rapport à ces repères fixes, puis regarder son mouvement sur douze ou vingt-quatre heures. Une trace qui paraît lente sur une carte peut être un choix défensif juste. Lorsque l’équipage descend vers le sud avant Bonne-Espérance, il cherche souvent le couloir de vent d’ouest des latitudes australes. Aller plus bas rapproche toutefois des zones froides et des glaces. La cartographie montre le tracé. Elle ne remplace jamais l’analyse des fichiers météo ni les décisions prises à bord.

Comprendre le parcours du Trophée Jules Verne et ses trois caps imposés
Le parcours du Trophée Jules Verne suit la logique des grandes circumnavigations par les trois caps. Après le départ au large d’Ouessant, les équipages descendent l’Atlantique Nord, franchissent l’équateur, contournent l’Afrique du Sud par le cap de Bonne-Espérance, traversent l’océan Indien, passent au sud de l’Australie par le cap Leeuwin, puis rejoignent le Pacifique Sud avant de laisser le cap Horn à bâbord. La remontée de l’Atlantique ramène enfin vers la ligne de départ. La géographie semble imposer une route simple. La réalité produit une succession de détours calculés.
Le chiffre de 21 760 milles nautiques, soit environ 40 300 kilomètres, correspond à une route orthodromique théorique associée au défi. Un trimaran de course ne suit pas cette ligne. Il cherche des angles de vent efficaces, contourne les zones anticycloniques et évite les secteurs de mer trop dangereuse. La distance réellement parcourue dépasse donc souvent la référence théorique. Une route plus longue peut devenir plus rapide si elle permet de conserver un vent portant et une vitesse régulière.
La descente de l’Atlantique constitue un premier test. Il faut capter les alizés sans rester piégé sur le mauvais bord d’une dorsale. Une carte de pression aide à comprendre le choix. Les isobares espacées signalent un gradient faible, donc un vent probablement insuffisant pour maintenir un bon rythme. À l’inverse, des isobares très resserrées annoncent un vent fort, qui peut faire gagner des milles mais aussi obliger à réduire la toile. Le gain brut de vitesse ne suffit jamais à valider une option.
Pourquoi Bonne-Espérance, Leeuwin et Horn ne sont pas de simples balises
Bonne-Espérance marque l’entrée dans les mers du Sud. À partir de ce passage, la surveillance des dépressions devient plus serrée. Les fronts se déplacent vite d’ouest en est, et un équipage tente souvent de rester devant une dépression sans rejoindre son centre. La carte météo est alors lue par échéances courtes, avec des projections de 24, 48 et 72 heures. Une mauvaise synchronisation peut laisser le bateau dans une zone de transition sans vent, derrière le système recherché.
Le cap Leeuwin est une porte vers le Pacifique, mais le passage reste largement virtuel pour les navigateurs, car les routes se tiennent à grande distance au sud. La zone est surveillée pour les glaces dérivantes et les avis transmis par les organisations compétentes. Les équipages disposent aussi de limites de glace, définies pour éviter les secteurs où la présence d’objets flottants augmente le risque de collision. La voile de compétition ne supprime pas cette contrainte. Elle l’intègre à la route.
Le cap Horn est le repère le plus visible pour le public, mais l’approche dépend du régime météo du Pacifique Sud. Arriver trop tôt peut exposer à un vent contraire ou à une mer qui ferme l’accès. Arriver trop tard signifie souvent avoir perdu la dépression porteuse. La cartographie montre alors de grands arcs au sud du cap, parfois difficiles à comprendre pour un observateur habitué à la navigation côtière. Ils traduisent une recherche d’angle et de mer praticable, pas une hésitation.
Vous ne devez pas transposer ces trajectoires à une croisière hauturière. Un Ultim de course, son équipage professionnel, ses moyens de communication et son suivi technique évoluent dans un cadre particulier. Pour une navigation de plaisance au large, la préparation relève des documents du SHOM, des prévisions de Météo-France et de l’armement exigé selon la distance à un abri. Une trace de course est un outil d’observation, pas un routage à reproduire.
La lecture utile consiste à regarder la relation entre chaque détour et le système météo rencontré. Un bateau qui s’écarte de la ligne la plus courte cherche presque toujours à conserver du vent, de la stabilité ou une marge face à la mer. C’est dans cet écart entre géométrie et conditions réelles que le parcours prend sa difficulté.
Comparer une route maritime au record Jules Verne sans confondre vitesse et avance
Une cartographie de course affiche fréquemment un écart en milles avec le record. Cet indicateur attire l’œil, mais il demande une lecture prudente. Le bateau comparé n’est pas mesuré contre une ligne droite idéale. Il est comparé à la position théorique du détenteur du record au même moment de course. L’avance ou le retard dépend donc de la route historique d’Idec-Sport, des options de navigation choisies et du moment précis du passage.
Un écart négatif peut se creuser très rapidement dans l’Atlantique Sud, puis disparaître dans l’océan Indien. Une différence de 200 milles sur une journée peut provenir d’un meilleur placement devant une dépression. Elle peut aussi disparaître si cette dépression se comble, accélère ou oblige l’équipage à naviguer dans une mer trop désordonnée. Le suivi en temps réel donne une photographie. La décision de bord se construit sur une prévision qui peut évoluer plusieurs fois par jour.
La vitesse surface, exprimée en nœuds, doit être séparée de la vitesse de progression vers le prochain objectif. Un Ultim peut afficher 38 nœuds tout en faisant une route éloignée du cap visé. Cette vitesse reste utile si elle permet d’attraper un front. Elle devient coûteuse si elle oblige ensuite à remonter longtemps contre le vent. Les routages cherchent un compromis entre distance, angle, puissance disponible et état du bateau.
- Regardez l’écart sur 24 heures plutôt qu’une position isolée, car une seule mise à jour ne révèle pas la tendance de la route.
- Comparez le cap suivi avec la direction du prochain grand passage, afin de distinguer un détour météo d’une trajectoire subie.
- Associez la vitesse affichée à la situation météo, car 30 nœuds sous grains n’ont pas la même valeur qu’une vitesse stable dans un flux établi.
- Surveillez les inflexions de trace près des limites de glace, car elles signalent une contrainte de sécurité et non une perte de performance.
- Considérez les communiqués d’équipe comme une donnée technique, notamment lorsqu’ils annoncent une avarie, une réparation ou une réduction de voilure.
La comparaison avec le record de 2017 devient vraiment pertinente après les passages-clés. Le temps à Bonne-Espérance donne un premier étalon, mais il ne garantit rien pour la suite. Le temps à Leeuwin renseigne sur la qualité de la traversée indienne. Le cap Horn reste le point de bascule le plus commenté, car il ouvre une remontée de l’Atlantique où la fatigue matérielle s’ajoute souvent aux incertitudes météo.
Le record de Francis Joyon a été obtenu avec une gestion remarquablement régulière, malgré les systèmes rencontrés. Il ne suffit pas de battre une vitesse maximale ou de gagner une journée sur un tronçon. Il faut conserver le bateau en état durant plus de quarante jours, sans assistance, avec des manœuvres répétées dans l’humidité, le froid et la fatigue. Une carte qui montre une avance ne renseigne donc pas sur l’usure des safrans, des foils, des appendices ou du gréement.
La navigation de course pousse les équipages à exploiter chaque fenêtre, mais la conservation de l’intégrité du bateau reste une condition de résultat. Une trajectoire moins spectaculaire peut être le choix le plus rapide à l’échelle du tour du monde.
Suivre Sodebo Ultim 3 et SVR Lazartigue sur la cartographie des tentatives 2024-2025
Les tentatives de l’hiver 2024-2025 montrent pourquoi un suivi cartographique doit toujours être relié aux informations techniques. Sodebo Ultim 3 a interrompu une première tentative au début de décembre 2024. Thomas Coville et son équipage sont rentrés à Lorient le 3 décembre après un problème majeur touchant le safran principal. La trace arrêtée ne traduisait pas une erreur de route. Elle signalait une décision de préservation imposée par l’état du trimaran.
Un safran joue un rôle direct dans la direction et la stabilité. Sur un grand trimaran volant, son fonctionnement participe aussi à la maîtrise de l’assiette selon les configurations. Une avarie sur cet élément ne se compense pas par un simple changement de voile. Le retour au port est alors la seule décision cohérente. L’équipe technique a ensuite préparé le bateau pour une nouvelle fenêtre, après les contrôles et travaux nécessaires.
La seconde tentative de Sodebo Ultim 3 s’est elle aussi arrêtée le 6 janvier, après la découverte de la perte d’un safran central au milieu du Pacifique. La position géographique ajoute une contrainte majeure. Le Pacifique Sud offre peu d’abris, les distances vers les ports sont considérables et les conditions peuvent évoluer brutalement. À ce stade, continuer pour conserver une place sur une carte aurait été une erreur. Le Trophée Jules Verne récompense un temps final, pas la poursuite à n’importe quel prix.
Les retours de SVR Lazartigue et la lecture des interruptions de trace
SVR Lazartigue a connu une première tentative interrompue après son départ du 30 novembre 2024. Dans la nuit du 2 au 3 décembre, un choc avec un objet marin non identifié a endommagé un foil. Le bateau a fait demi-tour vers Concarneau. À cet instant, l’équipage comptait environ 140 milles de retard sur la référence de 2017. Ce chiffre a peu d’importance face à une atteinte sur un appendice structurel.
Un foil endommagé modifie les charges, les performances et le comportement du bateau dans la mer. Sur un multicoque de cette taille, la décision relève de l’équipe embarquée et de l’encadrement technique à terre. Elle ne peut pas être réduite à la lecture d’un classement. Les collisions avec des objets flottants restent une réalité de l’océan, même avec une veille organisée, des outils de détection et une préparation rigoureuse.
SVR Lazartigue a ensuite activé un code vert le 20 janvier 2025 et quitté Concarneau. L’équipage a franchi, dans la nuit du 20 au 21 janvier, la ligne entre le Créac’h et le cap Lizard pour sa troisième tentative. François Gabart naviguait avec Tom Laperche, Amélie Grassi, Pascal Bidégorry, Antoine Gautier et Émilien Lavigne. La carte permettait alors d’observer le départ, mais elle ne révélait ni la répartition des quarts, ni les réparations préventives, ni les arbitrages internes sur la charge du bateau.
Les codes vert, orange ou rouge employés par les équipes indiquent une disponibilité liée à la météo et à la préparation du bateau. Une alerte orange annonce généralement un départ possible dans un délai court, souvent inférieur à 72 heures selon la communication de l’équipe. Ce vocabulaire ne remplace pas le bulletin météo. Il dit seulement qu’une fenêtre est étudiée et que le trimaran peut être engagé.
Une tentative stoppée est une donnée complète de la course. La cartographie devient plus utile lorsqu’elle permet de comprendre ce renoncement technique au lieu de le traiter comme une disparition du classement.
Décider ce que la cartographie du Trophée Jules Verne permet réellement d’interpréter
La carte d’un tour du monde peut donner une impression de contrôle total. Positions mises à jour, vitesse, cap, traces colorées et écart au record semblent rendre chaque choix lisible. Cette impression est partielle. Les équipes disposent de données bien plus riches, notamment des fichiers météo détaillés, des modèles de houle, des informations sur les limites de glace, l’état des systèmes embarqués et les retours de l’équipage. Le public suit une version simplifiée de cette navigation.
Vous pouvez néanmoins en tirer une méthode solide. Commencez par identifier le tronçon parcouru et le prochain repère du parcours. Regardez ensuite si la route s’approche ou s’éloigne de la direction la plus courte. Enfin, reliez cette évolution à la situation météo publiée par les équipes ou par les services spécialisés. Un détour au sud, dans les mers australes, peut viser un flux d’ouest mieux établi. Une remontée temporaire vers le nord peut chercher à éviter un front trop violent ou une mer dangereuse.
Les décisions de sécurité ne se lisent pas à partir d’un seuil général identique pour tous les bateaux. Un vent établi à 30 nœuds n’a pas les mêmes effets selon la direction de la houle, son intervalle, la charge du bateau, la voilure et la fatigue des marins. Le suivi d’un Ultim ne fournit donc pas de règle à appliquer à votre propre navigation. Pour une sortie côtière ou semi-hauturière, le bulletin côtier de Météo-France, les avis de navigation et les documents du SHOM font autorité. En cas d’urgence en mer, le CROSS coordonne les secours par le canal 16 en VHF ou le 196 depuis un téléphone en France.
La réglementation d’armement dépend aussi de la distance à un abri, et non de ce qu’un équipage de course peut emporter ou réparer. Une navigation à moins de 6 milles d’un abri relève du matériel côtier prévu par la division 240, tandis qu’une navigation au-delà de ce seuil impose un armement hauturier. Ces règles peuvent évoluer. Vérifiez le texte en vigueur sur le site officiel de la Direction générale des affaires maritimes avant de préparer une sortie.
La valeur culturelle du Trophée Jules Verne tient à ce contraste. Le nom renvoie au tour du monde imaginé au XIXe siècle, tandis que la course confronte aujourd’hui des machines volantes à la météorologie réelle des océans. Le récit de voile reste spectaculaire, mais le résultat dépend de décisions répétées, parfois discrètes, comme réduire la vitesse avant une mer dure, contourner une zone de glaces ou abandonner après une avarie.
Suivre ce parcours doit donc conduire à une lecture plus exigeante de la navigation. La meilleure trace n’est pas celle qui paraît la plus directe sur l’écran, mais celle qui permet encore au bateau et à son équipage de franchir la ligne d’arrivée dans un état compatible avec la suite de la course.
Quelle est la ligne officielle de départ et d’arrivée du Trophée Jules Verne ?
La ligne chronométrée relie le phare du Créac’h, sur l’île d’Ouessant, au phare du Cap Lizard, dans le sud-ouest de l’Angleterre. Les équipages doivent la franchir au départ puis au retour pour valider leur temps.
Quel record faut-il battre au Trophée Jules Verne ?
Le record détenu depuis 2017 par Francis Joyon et l’équipage d’Idec-Sport est de 40 jours, 23 heures, 30 minutes et 30 secondes.
Pourquoi les trimarans contournent-ils largement les caps sur la cartographie ?
Ils recherchent le meilleur compromis entre direction du vent, état de la mer, systèmes dépressionnaires, limites de glace et préservation du bateau. La route la plus courte n’est presque jamais la plus rapide.
Pourquoi Sodebo Ultim 3 a-t-il arrêté ses tentatives de l’hiver 2024-2025 ?
La première tentative s’est achevée le 3 décembre 2024 après un problème de safran principal. La seconde a pris fin le 6 janvier après la perte d’un safran central dans le Pacifique.